Le vernissage a lieu le 3 décembre de 18h à 21h et l’exposition se déroule du 3 décembre au 15 décembre 2025.
12 Rue Alasseur, VILLAGE SUISSE, Place de Lugano, 75015 Paris
www.bdmc.com - 06 77 81 27 11
Instrument qui dans une posture d'attention permet de tracer, le Scriptaire est aussi le porte-paroles/images de Barbara Marshall.
Une nouvelle année démarre, et avec elle son cortège de souhaits, de résolutions, et de projections dans un avenir plus ou moins proche. Si je devais résumer en un mot, oui vous avez bien lu, un seul mot, ce que je vous (nous) souhaite, ce serait l'espérance.
Ces dix lettres qui contiennent espoir et délivrance, nous entraînent vers la réalisation grâce à la confiance dans des jours meilleurs, ou en tout cas aussi bons que ceux qui les précèdent. Et cette confiance, n'est-ce pas là l'essentiel pour attendre ce qui adviendra ? Qu'il fasse nuit noire, orage ou désespoir, la conserver pour traverser les zones de turbulences. Et lorsque le cap est clair, et le calme installé, conserver le plus longtemps possible cet état d'esprit.
Vœux d'espérance à toutes et tous en 2025 !
Certaines de mes nouvelles, publiées dans l'excellente revue de l'Abat-jour, sont désormais accessibles à la lecture sur écran. Je reste persuadée qu'il ne s'agit pas du format idéal pour voyager. La lecture nous transformant en voyageurs immobiles, à travers des voix multiples, dans des allers simples aux destinations infinies. Je reste attachée au papier, qui se corne, s'annote, se dédicace, s'use, mais aussi qui se respire, se renifle, s'effleure, et j'en passe, vous avez compris l'idée.
Néanmoins, pour revenir à mes textes, cela évite leur amnésie complète , et me permet de retrouver certains personnages qui avaient déguerpi de mon paysage mental depuis un bout de temps. Dans ces retrouvailles particulières, il y a comme un goût de reviens-y, une invitation à s'y remettre alors que la période écoulée a été particulièrement difficile pour l'auteur que je suis, pour des raisons personnelles (que je ne partagerai pas sur les réseaux sociaux ha ha).
Blessure de sable, dans sa version numérique m'éviterait donc de mordre la poussière accumulée, et de retrouver le désir de croquer la page immaculée ? Pourquoi pas ? L'histoire évoque bien une forme de résilience ainsi que les méandres de la mémoire, qui continuent de faire écho aujourd'hui.
Je vous conseille bien sûr la lecture de l'ensemble de ce numéro dont le thème était : Trésors et trouvailles.
Lire le texte sur écran (page 58)
Le gel vient de causer des dégâts énormes. Tandis que les arboriculteurs et les viticulteurs en constatent l’étendue sur les bourgeons et les fleurs, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec la culture, celle que l’on affuble souvent d’un grand C. Les cultures souffrent, la culture dépérit, des pans entiers de notre société sont touchés par un retour de manivelle dramatique, une vague terrible, qui fait très mal.
On aime parler de redoux parce que ce mot sonne à l’oreille comme une promesse enfantine d’une chaleur rassurante et naturelle. Comment qualifier ces soubresauts violents d’un hiver qui a figé nos réunions de famille, nos fêtes, nos rituels et qui, trop souvent a pris des vies et des promesses ? Le printemps tarde à s’installer. Sans doute laisse-t-il percer de-ci de-là des tâches de couleurs et de lumière, mais sa vulnérabilité reste palpable. Surtout, chacun a bien conscience qu’un coup de gel suffirait pour que la vie s’arrête dans un hoquet.
Le monde de la culture est en panne depuis plus d’un an, empêché dans l’exercice de son art. Le froid glacial a tué certains artistes aussi sûrement qu’un arrêt du cœur. L’horizon n’est guère encourageant lorsque l’on est qualifié de non essentiel… Et pourtant, lequel d’entre nous se satisfait de sa seule fenêtre ? Celles et ceux qui ouvrent les lucarnes, qui repoussent les frontières imaginaires, qui tissent inlassablement ces liens invisibles entre humains, restent pour la plupart interdits. Leurs voix ne nous hissent plus dans la stratosphère, leurs vibrations ne créent plus ce sentiment d’appartenance à une seule humanité. Volontairement, je n’évoque pas la culture en boîte, bobine ou « replay » qui, sans rassasier, nous pose un sparadrap sur le manque et nous file un coup de blues lors de la digestion, nostalgie oblige.
Ce qui nourrit chacun d’entre nous, qu’il en soit conscient ou non, court un danger mortel. Plus que tout autre, l’art du spectacle vivant risque de crever. A ce titre, l’occupation de certaines salles de théâtre devrait nous alerter. Le désespoir des comédiennes et comédiens rejoint celui des étudiantes et étudiants ; c’est l’ensemble d’une jeunesse empêchée qui s’éteint à petit feu ou rue dans les brancards. Quelle société laisse dépérir la diversité de ses graines d’avenir ? Quelle dystopie privilégie la consommation de masse au détriment de la créativité ? Si la culture est ce qui nous permet de penser (panser) autrement, l’uniformité nous guette.
Qu’il soit levier révolutionnaire, moteur de floraisons, ou source d’histoires d’amour, le printemps représente une force puissante de renouveau. Une force sans laquelle nous ne pouvons vivre.
Barbara Marshall
https://www.youtube.com/watch?v=yP_zFVHtcFo
Pendant la prolifération des replis qu'ils soient identitaires ou non, sur nos frontières, il est grand temps de voir la pandémie sous un autre angle. Si les multiples conséquences néfastes sur nos vies quotidiennes font l'antienne des médias, rares sont les plumes acerbes, les regards un peu distanciés par rapport à tous les évènements qui se succèdent depuis un an déjà. Une année de vie constellée d'injonctions paradoxales et de restrictions à nos libertés, pour une bonne cause que je ne cherche pas à remettre en question ici.
Or, ce qui nous est tombé dessus n'est ni l'invasion extra-terrestre hostile de Mars Attacks! ni la collision d'une énorme météorite, mais une catastrophe d'une ampleur planétaire due à un être vivant terrestre microscopique. Oxymore remettant en cause notre suprématie sur le règne de la nature, cette nouvelle menace - dont nous sommes responsables par la déforestation et le dépeuplement des autres espèces, vient comme un retour du refoulé nous rappeler notre appartenance à ce monde biologique. Celui-la même que nous devrions protéger et chérir au lieu de le détourner à notre seul usage. Mais certains rappels sont douloureux - si cela évoque pour vous l'injection d'un vaccin, ce n'est pas intentionnel de ma part, leur point commun est d'être indispensable pour que la vie continue. Rappels de l'histoire humaine jonchée d'épidémies de peste, de grippe et de choléra, jalonnée aussi de formidables découvertes qui ont augmenté l'espérance de vie dans nombre de régions du monde, pas toutes malheureusement.
Barbara Marshall
Découvrir COVAX : collaborer pour un accès mondial et équitable aux vaccins contre le virus de la COVID-19
Des mois que ça dure. Je ne m’en rendais pas compte. Des mois que les paupières tressautent le matin dans une valse hésitation entre prolongement de la nuit et aube. Un état qui permet de se mouvoir, d’interagir, d’effectuer les opérations les plus courantes. Quelque chose me gêne au tréfonds, un quelque chose visqueux qui refuse de partir jour après jour, à chaque réveil. L’air que je respire a changé lui aussi. Il entre moins librement dans mes poumons. Cette impression de vivre dans un nuage étouffant. Difficile de nommer tous les détails qui se sont modifiés sans que pour la plupart, je le remarque tout de suite. On parle d’écosystème dans la Nature mais pour chaque être humain, c’est le microcosme dans lequel il évolue, qui joue office de décor. Du ressenti du matin jusqu’au premier contact social (ou sexuel), les soi-disant détails conditionnent le déroulement d’une journée.
Il y a les détails normaux, ceux que l’on ne relevait pas avant, et ceux qui ont muté (eux aussi) dans leur perception. La vibration permanente de la ville par exemple se fait pesante. Cette matérialisation bruyante de l’activité humaine envahit l’espace, avec des pics douloureux au matin ; concertos de marteaux, perceuses, symphonie de klaxons. Orchestrations folles des chantiers qui reprennent tous en même temps, des circulations de véhicules en tous genres dans un Paris déserté par les touristes. L’encombrement du marché en plein quinzième arrondissement de Paris est pour sa part rassurant, les gens circulent masqués mais se reconnaissent de part et d’autre des protections en cellophane. Tout au plus, manque-t-il quelques étals par ci par là. On voit moins de vieux aussi. Où sont passées les silhouettes courbées, à la démarche lente et au cabas usé ?
« L’après » m’a sonné. Ni révolution verte ni remise en cause de nos modes de consommation, l’après confinement se borne à prolonger le malaise sur le terrain social. Distanciation et masques nous transforment malgré nous en personnes lointaines, peu accessibles. Et force est de constater que les échanges, tous les échanges se sont ralentis, dans un tsunami planétaire qui nous prend de court. Etres sociaux par définition, les êtres humains en ont autant besoin que de nourriture et d’eau. Et nous voilà sevrés, ou en tout cas sévèrement restreints en sociabilité ! Les cercles se clairsèment, les pieds se cantonnent aux autocollants des trottoirs, les mains se frottent pour étaler le fameux gel hydroalcoolique dont la plupart ignoraient l’existence il y a encore quelques mois. « L’après » a sonné le glas des embrassades spontanées, des poignées de mains vigoureuses ou molles. Il installe la sidération. Pour combien de temps ?