jeudi 30 avril 2020

Lettre aux lendemains

À l’heure où nous redécouvrons des évidences telles que la place centrale de la santé – et pas seulement dans les vœux de bonne année, le rôle indispensable de tous les personnels soignants, aidants et accompagnants, la place des travailleurs invisibles du quotidien, sur les routes, derrière les caisses ou les comptoirs, aux cuisines etc. Je dis oui, nous avons besoin les uns des autres ! Oui, la solidarité est la seule réponse face à une catastrophe quelle que soit sa nature. Elle doit inclure les plus fragiles et les plus démunis dans cet élan indispensable à la survie d’une société digne de ce nom.
À l’heure où nous ignorons l’ampleur réelle de la vague de décès et de douleurs, je voudrais apporter mon éclairage non pas sur le confinement ni sur les ravages de cette pandémie, mais sur les lendemains auxquels j’adresse cette lettre. En effet, ces mots sont d’abord à destination des jeunes, et de ces générations auxquelles les aînés ont laissé des questions repoussées toujours à plus tard.

Face à aux inquiétudes suscitées par une Histoire qui déchante, vous avez la capacité et le devoir de porter haut le flambeau de vos espoirs. Le moment est venu pour vous de les préserver et de les faire advenir. Je n’ai malheureusement pas de recette magique, mais quelques pistes pour vous y aider.
Tout d’abord, cherchez votre bonheur. Je ne parle pas de cette forme de passivité lascive devant un écran quel qu’il soit, je vous parle d’un peu de soleil dans le cœur, de l’étincelante légèreté de l’air et de l’évidence d’un moment. Ces fulgurances si précieuses qui vous construisent et que vous gardez au fond de vous, cultivez-les. Elles sont les passerelles vers vous-mêmes.
L’enjeu à venir n’est pas seulement écologique, social, économique, il réside avant tout dans nos représentations individuelles et collectives du réel. Alors évidemment, il ne se présente pas en tant que tel, il faut décrypter, et pour décoder, la maxime grecque n’a pas pris une ride « Connais-toi toi-même » ! Ne laissez pas vos désirs ou vos idées se retourner contre vous. Respirez, méditez, priez s’il le faut, mais gardez à tout prix cet espace intérieur qui appartient à vous seul. C’est à cette condition que vous pourrez trouver la beauté du monde. Ce qui vous aspire dans sa joie, ce qui vous inspire de l’enthousiasme, de l’amour, de l’amitié, toutes ces balises sur votre route vous conforteront dans vos choix.
N’ayez pas peur des discours de vos aînés, vous êtes ce qu’ils ont fait de mieux. Les idées de progrès et de richesse ne leur appartiennent plus depuis longtemps. Ne craignez pas les critiques, les jugements péremptoires, allez de l’avant vers ce qui vous apparaît juste. La beauté du monde se trouve partout, mais seul votre regard vous permet de la découvrir. Certains artistes vous y aideront par les mots et les sens. Cependant, vous seuls pouvez aller vers elle en écartant l’inutile et le nuisible. Comprenez-moi bien, il s’agit d’un mouvement qui part de vous, et qui vous guide dans les temps obscurs tel une source de lumière.
Vous irez alors sur vos propres chemins en construisant vos espoirs sans les trahir. D’autres vous rejoindront, vous serez nombreux, je l’espère, pour tisser cette nouvelle toile. La culture n’est rien d’autre que ce qui nous relie dans cette beauté du monde. Je vous fais confiance pour semer à votre tour des graines d’espérance.


Barbara Marshall 

Cette lettre a été publiée dans la revue Litzic le 27 avril 2020