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samedi 1 novembre 2025

La force des reflets...

Découvrir le bassin aux nymphéas dans sa version automnale, c'est sentir la force des reflets de cet automne 2025. Quelques gouttes dessinent leurs cercles concentriques sur le bassin. Les touristes quittent rapidement les berges et les ponts. 

La magie opère alors, dans une version toujours renouvelée de ce bassin mondialement connu. Marcher dans les pas de Claude Monnet, avant de visiter sa maison, s'extasier comme lui, de cette lumière er de ses percées dans l'eau. Le regard se promène entre ciel et reflets...

 


 

 

 

 

lundi 20 septembre 2021

L'Art d'empaqueter

 


Quand l’empaquetage s’emballe, la façade s’affiche, se revendique à la face du monde. On pourrait craindre quelque chose de plat et de superficiel, avec l’arrière-pensée d’une facilité déguisée en démarche d’artiste. Une arnaque en somme ! Puisque notre époque s’approprie souvent l’apparence pour attiser le désir de sensationnel du chaland, l’œil avisé se méfie de ce qui brille ou chatoie trop fort. Ainsi le Parisien, échaudé par des tulipes célèbres, passe son chemin et s’éloigne de l’Étoile…




Mais au sommet de l’avenue la plus célèbre du monde, dans une nuit sans étoile, un arc brille et pose l’énigme d’un écrin qui ne fait pas écran. Au-dessus de la flamme de la tombe du soldat inconnu et de la "dalle sacrée" comme l'appellent les anciens combattants, des drapés scintillent, soulevés par le vent. C’est une journée sans voiture dans la capitale, les photographes multiplient les prises de vue, les touristes déambulent sur la place libérée de son flot de véhicules. Certains s’attardent devant la sépulture, d’autres touchent la toile argentée pour vérifier la texture. Le doux recouvre la pierre tout en affirmant ses contours. L’œuvre de Jeanne-Claude et Christo balaye le scepticisme en révélant la forme contenue par des cordes rouges. La présence est magnifiée, et le monumental rejoint le monument.




Le rayon bleu de la Tour Eiffel étincelante pointe à son tour vers l’Arc de Triomphe empaqueté, ajoutant cette touche supplémentaire d’âme qui attire tant vers celle que l'on surnomme la ville lumière, puisque c'est bien là qu'est apparu le tout premier éclairage public en 1665. Plus bas, sur les Champs-Elysées, une autre façade, un autre écrin. La maison Dior met en valeur ses créations en protégeant des regards sa rénovation ; le bâtiment est enrobé des images des plus belles robes, dans un savant dosage entre zones éclairées comme des vitrines et emballage de luxe.




De Christo à Dior, un étrange dialogue se noue alors, où le reflet du drapé et l’éblouissement se disputent la lumière. La pluie commence à marteler le pavé et éloigne la magie d’un soir. Restent les étincelles dans les yeux.



Barbara Marshall


mercredi 18 août 2021

AMAZÔNIA - L'exposition à voir d'urgence

 

Amazônia, le nom fait rêver, inquiète aussi avec un nom qui résonne avec ozone ou « ma zone », rappelant vaguement une chanson d’Yves Simon. Cette exposition a pour ambition de nous faire voir et écouter l’Amazonie, et son approche immersive a pour but majeur de nous sensibiliser à la mise en danger de sa biodiversité.

 


La collaboration entre le couple Salgado, (Lélia Wanick Salgado est à la fois scénographe et commissaire de l’exposition), qui a séjourné près de sept ans dans la forêt brésilienne, et Jean-Michel Jarre (le père de l’album « Oxygène » !), donne lieu à une première « bioacoustique » du Musée de la musique-Philharmonie de Paris, qui reconstitue tout au long du parcours photographique la musicalité de ce poumon vert grâce au fonds d’archives sonores collectées en Amazonie depuis 1950.




Si cette tête d’affiche ne suffisait pas à vous attirer vers la porte de Pantin, voici au moins trois bonnes raisons d’y faire un grand tour. 

La première est bien sûr le réchauffement climatique et la nécessité impérieuse de préserver le plus grand poumon de la planète. Les paysages photographiques en noir et blanc forment à eux seuls le récit de cette immensité verte soumise aux pluies et aux vents. Sebastião Salgado nous rend compte par l’articulation des clichés entre eux de la force de l’eau omniprésente et de la richesse poétique de ce territoire grand comme dix fois la France (c’est-à-dire l’équivalent de l’Europe).

 


La seconde est le cri d’alarme des populations amérindiennes de cette région du monde. Sebastião Salgado a choisi de présenter dix des nombreux peuples qui habitent l’Amazonie. Trois îlots astucieusement placés au milieu des paysages panoramiques nous permettent de partir à leur rencontre, comme si nous découvrions des villages en pleine jungle.




Les documentaires hautement colorés donnent la parole à des chamanes ou à des chefs de tribu, face caméra. Les témoignages de ces peuples oubliés, (devrait-on dire sacrifiés sur l’autel de l’économie mondialisée ?) sont poignants ; à les entendre, on comprend qu’ils ne portent pas Bolsanaro dans leur cœur, que la déforestation de l’Amazonie est programmée pour des enjeux économiques, et surtout, qu’ils nous appellent au secours car leur existence même est menacée.



A ce sujet, voir ou revoir l’excellent documentaire « Amazonie. Enquête au cœur des luttes indigènes » du Brésilien Estevão Ciavetta de 2020. Mention spéciale pour les Zo’é, homonymes involontaires d’un modèle de voiture électrique,  dont la peuplade vit dans les forêts de l’État du Pará, non loin de la frontière du Brésil avec la Guyane. Leur terre est un territoire officiellement reconnu comme réserve protégée depuis 2009. Avant les années 1980, ils ne s’appelaient pas ainsi. « Zo’é » signifiait « nous » et s’utilisait pour dire « nous sommes des personnes »… 



 

La troisième raison de faire le détour par la Philharmonie de Paris est bien sûr l’Art de la photographie. Sebastião Salgado se fait grand maître de la pluie, du vent et du végétal foisonnant avec des vues aériennes ou panoramiques à couper le souffle. Son regard se met aussi au service de la cause indienne à travers ses séries de portraits.

 

 
Comme toujours chez Sebastião Salgado, la recherche de la beauté et des équilibres est porteuse de sens. La narration photographique nous invite au constat et à l’interrogation de la préservation de l’Amazonie comme patrimoine vital de l’humanité.
 
Barbara Marshall
 

Amazônia

Musée de la Musique-Philharmonie de Paris

20 mai - 31 octobre 2021

#photographie #bioacoustique #exposition #paris #biodiversite#urgenceclimatique #amazonie #bresil #salgado #jarre

dimanche 30 juin 2019

Dora Maar, enfin !


Oui, Dora Maar existe. Elle n’est pas qu’un modèle de peintre, celui du portrait de Dora Maar bien sûr, et de La femme dans un fauteuil, et de quel peintre : Picasso ! On présente parfois Dora Maar comme un contre-point à Marie-Thérèse Walter, l’ « autre femme ». Si le cœur du peintre espagnol a longtemps balancé entre angles et courbes, entre séduction et douceur, ce n’était pas une raison pour enfermer Dora dans les cadres de Pablo, pour résumer sa vie de femme à une passion qui dura huit ans, et réduire son rôle en tant qu’artiste à celui de modèle.
« Un artiste n’est pas aussi libre qu’on pourrait le croire. C’est vrai aussi pour les portraits que j’ai faits de Dora Maar. Pour moi, c’est une femme qui pleure. Pendant des années, je l’ai peinte en formes torturées, non par sadisme ou par plaisir. Je ne faisais que suivre la vision qui s’imposait à moi. C’était la réalité profonde de Dora. Vous voyez, un peintre a des limites, et ce ne sont pas toujours celles qu’on imagine(1).» 


La rétrospective du Centre Georges Pompidou rend justice à Dora Maar en cassant le mythe pour trouver l’artiste : il était temps ! A travers plus de 400 œuvres et documents, l’exposition reconstruit le parcours de cette femme exceptionnelle et multi facette.
« À Dora aux visages divers et toujours beaux (2). »
Visage tour à tour de photographe de mode, photographe documentaire engagée, photographe surréaliste, peintre et artiste peintre-photographe, Henriette Dora Markovitch, alias Dora Maar, (Paris, 1907-1997) traverse le premier tiers du 20ème siècle en rencontrant de nombreuses personnalités marquantes : Henri Cartier-Bresson, Brassaï, Man Ray, les frères Prévert, Jean Renoir, Paul Eluard, Georges Bataille entre autres. Ses travaux photographiques, collages et photomontages, de la période surréaliste sont déjà reconnus ; elle est une photographe bien établie à Paris. Tout cela avant la rencontre amoureuse avec Picasso qui a lieu au Café des Deux Magots, au cœur de Saint-Germain des Prés, en janvier 1936.  

S’en suit une période passionnelle entre Pablo et Dora qui dure des débuts de la guerre civile en Espagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui à l’origine du mythe. Ce que l’on sait moins, c’est que Dora est bien plus qu’un amour et un modèle pour Picasso, le couple forme une association artistique. La preuve en est le « reportage photographique » des étapes de création de Guernica réalisé par Dora en mai-juin 1937 et présenté sous forme de diaporama dans cette rétrospective. Elle initie également Picasso à la technique du cliché-verre.
Celle que l’on a enfermée dans l’image d’amante, de muse et de modèle est aussi peintre, et le Portrait de Picasso, qui date de 1937 l’atteste. Ce tableau en se faisant écho à La femme qui pleure démontre non seulement la maîtrise technique de Dora mais aussi l’emprise qu’exerce Pablo sur elle. On la sent sous influence, écrasée et fascinée par celui qu’elle reconnaît comme « son maître ». 

La rupture avec Pablo en 1945, la laisse dans une dépression profonde qui durera des années et dont elle sortira après une analyse avec Jacques Lacan avec, à la clé un retour à la peinture. Peinture qui s’affranchit du cubisme pour se tourner vers l’abstraction par le biais des paysages oniriques de Ménerbes, village du Lubéron. 

Dora revient à la photographie dans les années 80 en combinant plusieurs techniques qui effacent les frontières avec la peinture. Le mystère de l’œuvre picturale de Dora Maar résidera dans son atelier de la rue de Savoie le temps d’une vie. Il ne sort au grand jour qu’avec la vente posthume, en 1999. 



Ce pourrait être le titre d’un polar : "Qui a tué Dora Maar ?" Est-elle une énième victime de Picasso croquée par l’ogre d’amour ? Ce serait une version simpliste de leur idylle. Elle est artiste comme lui. Pourrait devenir son égale au vu de sa peinture mais elle subit l’étouffoir du maître. 
Alors plus simplement qui est Dora Maar ? Une intellectuelle, une photographe, une peintre, une femme artiste, une amante sous influence dont la libération sera longue, très longue, au point de n’être reconnue qu’à titre posthume. Les femmes sont-elles toutes des Dora Maar en puissance ? Ce n’est pas qu’une question de talent. L’histoire de cette carrière le démontre. Les inégalités de salaire à poste équivalent l’attestent aussi à notre époque où le féminisme se réinvente sous des formes hétéroclites. Les femmes se frayent un chemin dans une culture construite sur le patriarcat depuis des siècles. Après avoir été occultée, méconnue, et statufiée, Dora Maar vit à travers son œuvre qui trace un chemin vers la lumière, enfin.


 Barbara Marshall



(1)Vivre avec Picasso, Françoise Gilot et Lake Carlton, Paris, Calmann-Lévy, 1965, rééd. 1973 (page 114)

(2)Dédicace qu’adresse Lise Deharme à son amie Dora Maar dans un exemplaire du Cœur de Pic (1937))


vendredi 31 mai 2019

Photographie : ça balance pas mal à Paris !


Des expositions photo dans de superbes écrins à découvrir en ce moment !
Tout d'abord, la fondation Henri Cartier-Bresson, qui a déménagé fin 2018 pour un lieu étiré, dont le fond est scindé en double salle d’exposition, au 79 rue des Archives, au cœur du troisième arrondissement de Paris, entre la place de La République et le Musée de la Chasse et de la Nature. Lieu d’espace rectangulaire et de lumière, pas immense, mais fait d’une belle cohérence qui verse dans l’épure afin de mettre en valeur les œuvres et faire connaître ce patrimoine exceptionnel. La collection comprend en effet près de 50 000 tirages originaux, 200 000 négatifs et planches-contacts, 1500 ouvrages, 4500 lettres et manuscrits etc. La volonté de prolonger le travail d’Henri Cartier-Bresson par celui de jeunes photographes se traduit par le prix HCB, attribué tous les deux ans par un jury international.


Côté Henri Cartier-Bresson, on traverse le premier opus du parcours français de l’artiste durant les années 30, dont l’insouciance nous parvient grâce à des clichés bien choisis.  On y découvre aussi l’ébauche de la photographie documentaire sociale qui aujourd’hui s’apparente à l’Histoire française par le prisme du quotidien des gens « simples ».


Côté prix HCB (2017), Guy Tillim et son Museum of Revolution nous offrent un autre regard social sur les grandes capitales de l’Afrique moderne. Si les vues sont d’une netteté hyperréaliste, elles demandent au spectateur de se poser et d’accepter une immersion urbaine particulière. 

C’est à cette seule condition qu’il pourra au milieu d’un carrefour de Nairobi ou d’Abidjan « sentir » la ville, ses buildings et ses avenues tandis que le flux de vie de ses habitants s’écoule devant l’objectif de Tillim. Alors les signalétiques singulières opèreront comme autant de strates des Histoires et mémoires d’Afrique.

En second lieu, autre décor, autre ambiance, les déclarations de Sebastião Salgado s’affichent sur les murs du Musée de l’Homme pour commémorer les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, et méritent franchement le détour par le Trocadéro. 

Les clichés argentiques de celui que l’on qualifie de photographe humaniste emplissent l’espace d’émotions.

“Je ne veux pas qu’on apprécie la lumière ou la palette de tons. Je veux que mes photos informent, provoquent le débat.” Sebastião Salgado

 

Une scénographie discrète mais fort à propos utilise des extraits du texte de la Déclaration universelle pour mettre en lumière la distance à parcourir pour vivre dans un « monde meilleur ».  

 




1. Fondation Henri-Cartier Bresson 

Henri Cartier-Bresson, en France (1926-1938) : jusqu'au 2 juin 2019

Guy Tillim jusqu'au 2 juin 2019

2. Musée de l'Homme


Déclarations, exposition photo Sebastião Salgado  : jusqu'au 29 juin 2019

Commissariat de l'exposition : Lélia Wanick Salgado